David Hume ; Dialogue sur la religion naturelle

Publié le par Gary_The_Sayan

Le Texte :



Le Commentaire :

Le 12/01/06
David Hume : Dialogue sur la Religion Naturelle ( 1779 )


Dans ce texte de David Hume , extrait du livre Dialogue sur la Religion Naturelle, un argument est donné par un des locuteurs d'un dialogue pour prouver l'existence d'une divinité et le fait que celle-ci ait un esprit et une intelligence comparable à celle des hommes ( à un niveau toutefois bien plus élevé ).Mais une question se pose à la lecture de ce texte. Comment cet argument seul suffit à prouver la véracité de cette logique , des deux questions à valeur transcendentales , c'est-à-dire l'existence d'un Dieu et les qualités Humaines qu'on lui attribu ?Pour être plus précis , les principales questions que l'on peut se poser après avoir lu cet extrait sont celles-ci : Dans le texte , l'auteur emploi le terme "a posteriori" , ce qui implique que l'argument s'appuie sur des données venant de l'expérience. Pourtant , la question de l'existence de Dieu dépasse le niveau de l'experience. Peut-on véritablement , avec des arguments rationnels , prouver l'existence de Dieu ? Attribuer au monde un sens, une raison, ou un sens moral, n'est-ce pas faire de l'anthropomorphisme (projeter des caractéristiques humaines sur le monde non-humain) ?Lire la suite...
Hume commence son texte en invitant le lecteur , à travers le pronom "vous", à observer le paysage qui l'entoure : "jetez les yeux autour de vous sur le monde". Il invite donc le lecteur à observer le monde d'une maniere générale puis d'observer les rouages de celui-ci : "contemplez en l'ensemble et chaque partie". Pour illustrer ce que le lecteur est censé voir , Hume donne une image du monde , le comparant alors à une machine complexe : "subdivisée en un nombre infini de machines plus petites [...] l'homme peuvent découvrir et expliquer." Avec cette image , on se rend compte de la complexité de ce monde , car Hume évoque la notion d'infini : ( "subdivisée en un nombre infini de machines plus petites" ) , dans la subdivision des machines , notion difficile à concevoir pour les hommes , créatures "finies" ( ayant donc une fin ) : "à un degrés qui dépasse ce que les sens et les facultés de l'homme peuvent découvrir et expliquer." L'inifini est une notion à valeur transcendentale car aucun Homme ne peut savoir jusqu'ou s'étend cet inifni.
Hume continue son texte en évoquant le lien qui unit les machines entre elles : "Toutes ces diverses machines , et meme leur plus petites parties , sont ajustées les unes aux autres [...] ravit en admiration quiconque les a jamais contemplées." Dans cette partie du texte , Hume fait alors une description de l'ordonnancement du monde , décrit comme on le ferait lors de la decouverte des rouages d'une montre ( le ravissement qui suit la decouverte de la complexité de ceux ci ). Le fait que toutes ces parties soient parfaitement en accord induit qu'il n'y a pas d'intervention du hasard. Cette complexitée dans l'ajustement du monde récuse donc le hasard et admet qu'une intelligence superieure est au principe de cet ordonnancement. Dans ce sens , Newton dit dans les Principes de philosophie naturelle (1687), après avoir décrit le mouvement des planètes : "Cet arrangement aussi extraordinaire du Soleil, des planètes, et des comètes, n’a pu avoir pour source que le dessein et la seigneurie d’un être intelligent et puissant." Celui-ci pose la nécéssitée pratique d'une intelligence suprême au regard de l'ordre du monde.
L'auteur continue son texte en disant : "La soigneuse adaptation des moyens aux fins , a travers toute la nature , ressemble exactement [...]l'intelligence humaines." "L'homme du monde" ( ou le personnage que fait parler Hume en l'occurrence ) prouve l'existence d'un Etre superieur par analogie avec l'artifice ( raisonnement analogique ) et cette idée de causalité oppose l'oeuvre divine à celle des hommes. L'analogie a à la base pour but de faire une comparaison de rapports , les mettre l'un face à l'autre , les confronter , dans le but d'en tirer une conclusion. En l'occurence , c'est le but que les hommes donnent à leurs production qui est comparé au but que Dieu aurait donné à sa création. Dans ce passage , un probleme évoqué précédement est posé : Le fait de donner à une production un but est un comportement humain. Lorsqu'un homme crée quelque chose en lui donnant une utilité propre, c'est pour répondre à un besoin. Il y a en cela un lien possible avec l'idée de perfectibilité de Rousseau dans son Discours sur l'origine des inégalités parmis les hommes, dans la mesure ou c'est une caractéristique propre à l'homme seul de donner un but à des objets produits. Alors , à la lumière de cette logique , une question se pose : Peut-on réelement penser que Dieu à donné un but à sa création , comme le ferait un homme avec ce qu'il produit ? En attribuant au monde un sens, une raison, on donne donc à Dieu des attribus humains. Etant donné que Dieu n'est pas Homme , il est anthropomorphiste de lui attribuer cette particularité humaine , qui est celle de donner un but aux choses. A l'idée de moyens aux fins , de créer avec une intention ( but ) , on peut associer cette idée de Kant , qui objectera qu’une cause non causée est une impossibilité, en se basant sur sa théorie de la causalité, qui précise qu’elle ( la causalité ) est imposée aux choses du monde par notre esprit. En effet, si l’idée de causalité est imposée à la "réalité extérieure" par nos esprits, elle ne peut devenir la base pour une preuve de l’existence de Dieu. Cela permet donc de répondre à la première problematique que pose la lecture de cet extrait, car il est bel et bien possible d'objecter à Hume ( ou plutot , au personnage du texte ) un certain manque d'objectivité , en prenant pour base l'Homme dans sa pensée ( dans l'extrait du moins ). Après cette analogie contestable , Hume enchaine en la concluant ( "conduits à inferer" ) : "Puis donc que les effets se ressemblent [...] l'oeuvre qu'il a effectué." Selon Hume , la comparaison de rapports qu'il vient de faire , prouve que Dieu fonctionne comme l'homme en donnant un but à ce qu'il produit : L'auteur de la nature [...] semblable à l'esprit de l'homme , quoique doué de facultés [...] proportionnées à la grandeur de l'oeuvre qu'il a excecutée."Dieu à donc selon Hume une capacitée de production semblable à celle de l'homme , mais bien plus grande au niveau de sa puissance, en prenant pour base ses grandes création , telles que la Terre et les hommes. C'est sur la phrase qui suit qu'une deuxieme question se pose : en effet , il est dit : "Par cet argument a posteriori , et par cet argument seul , nous prouvons à la fois l'existence d'une Divinité et sa similitude avec l'esprit et l'intelligence de l'homme. [...]". La question qui se pose alors est la suivante : Peut-on par la raison prouver l'existence de Dieu? La question de l'existence de Dieu est une question à valeur transcendentale, donc , la raison ne peut en aucun cas apporter de réponses satisfaisante dans la mesure où une question à valeur transcendentale dépasse par definition toute logique et pensée humaine. Si en effet Dieu pouvait se prouver par la raison, sous sa forme strictement logique , alors, sans doute "Dieu ne serait pas Dieu", et il n’y aurait plus de foi, ni de croyance, en Dieu. Par conséquent , la raison ne peut intervenir dans la question de l'existence de Dieu. Cette logique est le "fidéisme" , où la religion repose sur la seule foi, et n'a pas besoin du moindre secours rationnel. On pourrait alors objecter que le fidéisme manque de logique , en ne tenant pas compte de la raison. On pourrait donc dire que le fidéisme est un moyen d'expliquer le manque de rationalité de toute religion. On peut également ajouter que le cas du fidéisme est un extreme , tout comme le rationalisme , qui est à l'opposé : dans un cas , on ne laisse pas la place à la raison et seule la foi importe , et dans l'autre , seule la raison compte. Leibniz dans son "Discours de la conformité de la foi avec la raison" fait une distinction entre ce qui est contre la raison et ce qui est au-dessus de la raison. On peut donc dire que dans le cas de l'existence de Dieu , cette question dépasse la raison , et n'est pas contre elle. Hume ( ou du moins , le personnage qui parle ) est un théiste rationaliste ( considerant la raison à la base de toute croyance ).Il est par conséquent possible de lui reprocher de rationnaliser sur une question qui est au dessus de la raison , car , le rationnel seul ne peut pas donner d'explication sur l'existence de Dieu , question à valeur transcendentale.
Hume donne ensuite un exemple "anatomique" pour observer la complexité de la création Divine : "Considerez l'oeil , dissequez-le [...]force pareille à celle de la sensation." La logique de Hume est alors la même que dans l'exemple des machines qu'il a donné au début de l'extrait : "Contemplez en l'agencement [...]" Selon lui , le parfait ajustement des parties de cet organisme, l'oeil, et son agencement , sont des arguments irrefutables pour prouver de la meilleure manière que c'est dans un but précis que l'oeil a été fait , et qu'il n'est pas l'oeuvre du hasard. Comme Einstein le disait , "Dieu ne joue pas au hasard" , et c'est dans ce sens que va Hume en montrant la logique complexe de l'agencement de l'oeil. Selon Hume , cette logique est censée nous toucher de l'interieur , comme une sorte d'intime conviction : "l'idée d'un auteur [...] ne penetre pas immédiatement en vous[...]" ou encore "avec une force pareille à la sensation." Cette idée de sensation renvoi à la definition du fidéisme , doctrine selon laquelle la foi religieuse dépend du sentiment et non de la raison. Le sentiment à donc également une place importante dans la quete de preuve de l'existence de Dieu. Pourtant , le fait que la raison soit pour Hume le meilleur moyen pour prouver l'existence d'un Divinité crée un paradoxe avec cet aspect fidéiste qui donne un rôle plus important à la sensation. Mais ce n'est qu'un aspect du fidéisme qui est évoqué , et étant donné que l'argument du rationel domine le texte , il est possible de dire que le personnage reste un rationnaliste , malgré la "synergie" ( forme de "collaboration mutuelle" ) qui semble avoir opéré à ce passage précis du texte , entre la vision rationaliste et fidéiste.
David Hume finit ensuite , avant de poser la question qu'il pose pour conclure cet extrait , par nous montrer que son raisonnement mene à la conclusion qu'il y a un but dans la création du monde et de ce qui le compose : "La conlusion la plus immédiate est assurément en faveur d'un dessein." En parlant d'un dessein , Hume donne encore un attribut humain à Dieu en disant de lui qu'il donne un but à son oeuvre, un dessein. Le probleme anthropomorphique est donc le meme que dans le cas des rapports des moyens aux fins vu précédement.Selon Hume , la création de Dieu à donc un dessein précis , mais celui-ci ne donne aucun élément qui permettrais de savoir de quelle nature est ce dessein.
Pour conclure cet texte , Hume pose une question censée montrer à quel point sa logique est irrefutable : "A quel degré d'aveugle dogmatisme faut-il donc qu'on soit parvenu ,pour rejeter des arguments si naturels et si convaincants ?"Dans cette question , on pourrait relever qu'une critique du fidéisme est faite lorsqu'il est question "d'arguments", car le propre du fidéisme est de rejeter la raison et de laisser la sensation seule etre la source de la foi.Selon Hume , les fidéistes , qui ne prennent pas la raison pour fondement , sont "aveuglés" ( pour reprendre le terme de Hume ) par les nombreux dogmes dépassant la raison ( la Trinitée , etc ... )Mais la critique est aussi celle de l'athéisme , qui rejete toute forme de Divinité. En effet , pour le personnage de Hume , la vision athéiste est est un signe , en vue des nombreux arguments rationnels allant dans le sens de l'existence de Dieu , d'un "aveugle dogmatisme". Ce mot "dogmatisme", employé au sens propre du terme , est probablement employé par Hume pour montrer à quel point les athées sont "endoctrinés" par cette vision d'une vérité inconstestable d'un monde sans Dieu. Pourtant , ce mot semble employé de maniere inopinée , inattendue , etant donné que le mot dogmatisme est habituellement employé pour désigner les théistes.Dans cette question, la double critique ( de l'athéisme et du fidéisme ) permet de comprendre que le personnage de Hume considère le rationalisme comme la seule "doctrine" acceptable et propre à l'etre humain raisonnable.
Pour conclure , il es possible de dire que ce texte est à double lecture : Sans avoir connaissance de la pensée de l'auteur David Hume , il est possible de lire le texte en ne prenant qu'en compte la pensée du personnage qui parle.Dans ce cas là , on pourrait donc lire un texte qui permet de prouver l'existence de Dieu grace à plusieurs types d'arguments :
L'argument basé sur la complexité du monde et de ce qui le compose , qui montre que le hasard ne peut être la source d'un tel agencement. Le monde est ici considéré comme une machine, et l'agencement harmonieux des parties entre elles "prouve" l’existence d’un artiste parfait. L'argument basé sur l'adaptation des moyens aux fins , montrant que le fait que chaque création remplit une fonction liée à quelque chose, a un dessein precis. Chaque création est une prédisposition Divine, les choses donc sont créées avec une intention.
Mais en prenant connaissance de la pensée de Hume , on se rend compte d'une chose : David Hume à montré à travers ses oeuvres que sa pensée n'allait pas dans le meme sens que celui que l'on trouve dans l'extrait , qui semble profondement Déiste ( croire en l'existence d'une divinité ) :
Sa démarche philosophique repose essentiellement sur un questionnement épistémologique, critique et rigoureux. S'accordant aux exigences de la méthode scientifique, il établit des principes propres aux opérations de la pensée. David Hume est aussi sceptique, il restreint donc les capacités connaitre ( cognitives ) de l'entendement humain. Dans la préface du Dialogue sur la Religion Naturelle de Jean Aubay , on lit de Hume qu'il est un auteur "Intransigeant envers le phénomène religieux et refusant la légitimité d'une autorité politique ou morale, son oeuvre affirme sans cesse le refus du dogmatisme et les limites de la raison."A la lumiere de cette biographie , une nouvelle vision du texte apparait : Il est alors possible de déduire qu'il ne faut pas prendre les arguments du texte tels qu'ils sont. Alors , une nouvelle lecture du texte permet de se rendre compte des différents problèmes qu'il pose. La Raison en effet ne peut pas prouver l'existence de Dieu dans la mesure où cette question dépasse la raison humaine.De plus , les attributs humains que le personnage de Hume donne à Dieu montrent un certain anthropomorphisme de sa part.
Le rationalisme poussé du personnage de Hume est alors problématique , mais il est difficile de reprocher à un homme raisonnable de vouloir expliquer l'inexplicable. En effet , les notions d'infini ou l'attribut d'aséité de Dieu échappent à l'être humain qui ne peut que difficilement concevoir ces idées lui etant étrangères ( etant donné sa finitude ).L'enjeu philosophique de ce texte n'est donc pas de dire que ces arguments prouvent l'inexistence de Dieu , mais simplement de montrer que l'homme ne peut s'avancer dans une argumentation visant à prouver son existence , ou ne peut lui donner des attributs humains , etant donné que les réponses à ces questions dépassent la raison humaine...
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Publié dans Philosophie

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